KANBrief 4/20

Une bonne acoustique en open space

Les concepts de bureaux ouverts sont présentés comme étant des environnements de travail transparents et communicatifs. Planifier et concevoir de tels bureaux s’avère toutefois complexe, et ce à plusieurs égards. L’acoustique, en particulier, s’accompagne d’énormes défis. Des réglementations nationales et la normalisation fournissent dans ce domaine des méthodes de mesure et d’évaluation.

Open space, bureau ouvert, bureau paysager, espaces partagés… le concept prend d’innombrables noms et tout autant de formes différentes dans le monde du travail d’aujourd’hui. La conception de ces formes ouvertes de bureaux se heurte à des exigences élevées auxquelles doivent répondre, pour les espaces intérieurs, des facteurs tels que la climatisation et l’éclairage, mais aussi l’aspect esthétique. Et quand des critiques se font entendre lors de la phase d’utilisation, elles portent non seulement sur le manque d’intimité1, mais souvent aussi sur des nuisances sonores accrues dues à la parole2. L’acoustique est donc un facteur essentiel pour un aménagement de bureau réussi.

On attribue de nombreux avantages à l’open space, notamment le fait qu’il favorise la communication. Une étude3 qui a accompagné deux entreprises lors de leur restructuration a toutefois révélé en réalité une baisse de la communication directe, remplacée par davantage d’échanges par le biais de courriels et de messagerie instantanée. On observe donc une perte de communication directe.

Une autre étude révèle en outre que, dans les bureaux en open space et bureaux partagés, le taux d’absentéisme est deux fois plus élevé que dans les bureaux individuels4. Malgré les économies de loyer généralement invoquées en raison du gain de place, on peut donc se demander si l’open space permet vraiment de réduire des coûts par rapport à d’autres concepts de bureau. Une baisse éventuelle de motivation des employés et une diminution de leurs capacités de travail2 sont en effet des facteurs à prendre aussi en compte.

Réglementations nationales et bases normatives
Il est donc extrêmement important de réfléchir, dès la planification, à l’acoustique qui règnera dans la pièce. En Allemagne, les Règles techniques pour lieux de travail (ASR), qui concrétisent l’ordonnance sur les lieux de travail, sont une aide précieuse. En particulier l’ASR A1.2 « Dimensions des pièces et zones de déplacement » et l’ASR A3.7 « Bruit » constituent des bases importantes à prendre en compte pour les bureaux en open space et bureaux partagés.

Ces règles ont été complétées par des normes, afin de pouvoir planifier l’acoustique d’un bureau dans les moindres détails. La norme EN ISO 3382-35 décrit des caractéristiques qui permettent de définir les paramètres acoustiques d’un grand bureau, en particulier pour le facteur de nuisance dominant qu’est la parole. La directive 2569 du VDI6 permet, en se basant sur ces paramètres, d’évaluer et de classifier l’acoustique ambiante. Elle contient en outre diverses indications sur la planification et l’agencement des bureaux en termes d’acoustique des pièces et du bâtiment.

Afin de calculer les différents paramètres après la mesure de la pièce et de classer celle-ci dans une catégorie acoustique, l’Institut pour la sécurité et la santé au travail de la DGUV (IFA) propose deux aides pratiques.

Une bonne acoustique au bureau
Pour concevoir un bon environnement acoustique au bureau, il faut tenir compte de nombreux facteurs :

  • La condition fondamentale pour toutes les autres mesures est un niveau suffisant d’absorption (obtenu généralement par un plafond acoustique).
  • Le partage de la pièce en différentes zones séparées acoustiquement par des panneaux disposés de manière ciblée contribue à réduire les nuisances sonores (dues par exemple à des discussions entre collègues). Ce partage devra s’effectuer sur la base d’une analyse des activités effectuées dans le bureau. La pièce pourra alors être partagées en zones adaptées, acoustiquement parlant, à chaque situation. C’est ainsi qu’il n’est pas indiqué de faire se côtoyer dans une même zone des activités communicatives et interactives avec des activités « silencieuses » qui nécessitent un haut niveau de concentration.
  • Autre élément tout aussi important que la création de zones en fonction des activités : un nombre suffisant de pièces permettant de s’isoler et de salles de réunion, ainsi qu’une définition claire de règles de communication et de vie commune.
  • Les bureaux ouverts seront mieux acceptés par les employés si ceux-ci sont impliqués dès la phase de planification de la pièce où ils seront appelés à travailler.

Une bonne acoustique a des retombées positives sur la motivation, sur une bonne capacité de travail et sur la santé des employés.

 

Jan Selzer
jan.selzer@dguv.de   

1 De Croon EM, Sluiter JK, Kuijer PP, Frings-Dresen MH. The effect of office concepts on worker health and performance: a systematic review of the literature. Ergonomics 48(2) 2005, pp. 119-34.
2 Schlittmeier SJ, Liebl A. The effects of intelligible irrelevant background speech in offices – cognitive disturbance, annoyance, and solutions. Facilities 33(1/2) 2015, pp. 61-75.
3 Bernstein ES, Turban S. The impact of the ‘open’ workspace on human collaboration. Phil. Trans. R. Soc. B 373(1753) 2018.
4 Bodin Danielsson C, Chungkham HS, Wulff C, Westerlund H. Office design’s impact on sick leave rates. Ergonomics 57(2) 2014, pp. 139-147.
5 ISO 3382-3:2012, Acoustique — Mesurage des paramètres acoustiques des salles — Partie 3 : Bureaux ouverts.
6 VDI 2569:2019-10, Sound protection and acoustical design in offices