KANBrief 3/20

La fin du SF6 comme gaz traceur pour les sorbonnes – et maintenant ?

Essai effectué sur une sorbonne© Hemling Laborbau

La partie 3 de la norme EN 14175 décrit différentes méthodes d’essai de type pour les sorbonnes. Le mélange de gaz traceur requis contient de l’hexafluorure de soufre (SF6), un gaz non toxique mais très nuisible au climat, dont le potentiel de réchauffement planétaire est 30 000 fois supérieur à celui du CO2. Le SF6 est déjà interdit dans de nombreux pays. L'alternative actuellement la plus discutée est le protoxyde d’azote (N2O), qui n’est toutefois pas sans poser de problème du point de vue de la SST.

Le confinement des sorbonnes est déterminé selon la norme EN 14175-3, dans le cadre de l’essai de type effectué dans un local d’essai spécial. Ce paramètre décrit la capacité de la sorbonne à retenir en son intérieur les substances en suspension dans l’air. Le confinement dépend de la conception de la sorbonne, du débit volumique d’air extrait, de la taille de l’ouverture frontale et d’autres conditions annexes. Selon la norme, le gaz traceur utilisé pour l’essai est de l’hexafluorure de soufre (SF6). La manière dont doivent être évalués les résultats de l’essai ne fait pas partie de la norme, mais est définie dans des réglementations nationales. L’essai de type doit en outre renseigner sur le comportement d’une sorbonne dans son usage quotidien.

Avant sa première mise en service, une sorbonne qui n’a pas fait l’objet d’un essai de type doit être testée sur site pour déterminer son confinement. De plus, toutes les sorbonnes doivent subir un nouvel essai sur site une fois par an. Les méthodes à utiliser pour les essais sur site sont décrites dans la partie 4 de la norme EN 14175. Il y est aussi fait référence à la partie 3 – comme pour l’essai de type, le gaz traceur prévu est le SF6.

Le SF6 est idéal comme gaz traceur : sa concentration de fond est extrêmement faible, il est quasiment chimiquement inerte et non toxique, avec une absorption élevée de la lumière infrarouge, et il est relativement facilement détectable, même en faibles concentrations. Son utilisation étant déjà interdite dans certains pays en raison de son effet nocif sur le climat, il faut trouver des alternatives. Un essai avec une substance susceptible de remplacer le SF6 doit pouvoir être effectué en toute sécurité pour les opérateurs, et doit aussi être comparable aux méthodes existantes d’essais de type sur les sorbonnes.

L’alternative : le protoxyde d’azote

La question de savoir si le protoxyde d’azote – ou gaz hilarant – (N2O) serait une alternative possible au SF6 pour mesurer le confinement est en cours de discussion. Il est déjà avéré que les valeurs mesurées et les courbes de concentration sont identiques pour les deux gaz. Avant l’apparition du SF6, on utilisait déjà le N2O comme gaz traceur pour les essais de ventilation dans des locaux. Il n’est qu’environ 300 fois plus nocif pour le climat que le CO2.

En raison de la toxicité du protoxyde d’azote, son champ d’application doit toutefois rester limité aux essais de type menés dans des locaux sans personnel. Pour les essais sur site, le N2O ne peut généralement pas être utilisé comme gaz traceur car, dans l’hypothèse – qui ne peut être exclue – d’une fuite importante sur les sorbonnes, la concentration maximum admissible sur le poste de travail pour les personnes présentes se trouverait alors dépassée.

Les prochaines étapes

L’utilisation du N2O dans les essais de type permettrait de gagner du temps dans la recherche d’autres alternatives au SF6. Le N2O ne convient toutefois pas comme solution de remplacement dans tous les cas. Pour la normalisation, le défi consistera à sélectionner des méthodes d’essai alternatives garantissant la sûreté tant des essais de type que des essais sur site, ainsi que la comparabilité avec les méthodes actuelles ayant recours au SF6.

Un groupe ad-hoc du CEN/TC 332/WG4 « Sorbonnes et technique aéraulique de laboratoire » travaille actuellement sur une nouvelle proposition de méthode pour la norme EN 14175-3. Les discussions portent sur la possibilité d’autoriser, en plus du N2O, d’autres substances d’essai susceptibles de remplacer le SF6, à condition d’obtenir au minimum une précision et une incertitude de mesure identiques. Reste à établir si, à l’avenir, les mêmes méthodes pourront être utilisées pour les essais de type et pour certains essais sur site. Les discussions portent aussi actuellement sur des substances et méthodes d’essai alternatives, notamment à base de particules et d’aérosols.

Compte tenu de l’importance fondamentale du mesurage du confinement, il semble judicieux de mettre à profit le temps gagné grâce à la modification de la partie 3 de la norme, qui préconiserait désormais le N2O. Une initiative de recherche coordonnée au niveau européen pourrait mettre au point une « boîte à outils » pour des méthodes sûres et des recommandations d’utilisation. À plus long terme, ce qui serait souhaitable pour les utilisateurs serait une harmonisation des critères d’évaluation du confinement pour toutes les techniques de sécurité aérauliques (sorbonnes, postes de sécurité, postes de pesage, etc.).

Albrecht K. Blob, Monheim am Rhein
ak-blob@web.de
L’auteur a travaillé pendant de nombreuses années dans le domaine de la normalisation européenne et nationale des équipements de laboratoire